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Des technologiques miracles ne sauveront pas notre planète

Dans son dernier livre « Climat : comment éviter un désastre. Les solutions actuelles. Les innovations nécessaires », Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft, propose un plan pour stopper le réchauffement climatique en réduisant à zéro les émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce qui peut paraître légèrement ironique venant d’un des plus grands émetteurs[1] de GES de la planète, dont le « plaisir coupable » est de voler à bord de jets privés, et qui vient juste de rejoindre une offre pour acquérir la plus grande société[2] de jets privés au monde. Mais ce genre de contradiction, qui consiste à apaiser un grave problème de fond avec une solution superficielle, n’a rien d’anormal pour Gates, car un examen plus approfondi de ses investissements de millions de dollars, de ses partenaires milliardaires et entreprises privées, et de son agenda politique, montre peu d’alignement avec l’objectif de freiner réellement le changement climatique, de contribuer à alléger la fin dans le monde, ou de sortir les pauvres de la pauvreté.   

L’influence inégalée de Gates marque non seulement l’extraordinaire pouvoir de sa richesse, mais aussi une convergence de la philanthropie, des entreprises privées, et des institutions internationales pour façonner les paysages politiques et du développement en fonction de leurs propres intérêts. Mais ce façonnage, bien que justifié en apparence par une noble cause humanitaire et environnementale, pousse à la place un paradigme raté d’industrialisation et de concentration des entreprises sous couvert d’une innovation technologique nécessaire.

Le rapport « Gates to a Global Empire – Aux Portes d’un Empire Mondial » (octobre 2020), coordonné par Navdanya International, met en lumière les dangers du philanthrocapitalisme. Cette urgence démocratique est analysée en détail par des experts et des leaders de la société civile.

S’il ne fait aucun doute que nous vivons des moments de crises qui s’aggravent, la poussée des nouvelles innovations technologiques comme moyen de résoudre les problèmes mondiaux, est en train de devenir rapidement le seul mécanisme. Ignorer les crises auxquelles nous sommes confrontés tout en continuant à suivre la même voie destructrice ne fera qu’exacerber les crises à venir. Mais cet évitement des vraies solutions systémiques n’est pas un oubli d’un secteur des innovations technologiques plein de bonnes intentions.  Au contraire, ce sont les mêmes sociétés géantes et structures de pouvoir qui ont créé nos crises actuelles, qui nous revendent désormais leurs propres « solutions ».

Cette mentalité de solutionnisme technologique se retrouve dans toutes les initiatives de la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) qui, de par leur nature, finissent par nier les vraies solutions à la crise climatique. Ces initiatives, subventions, et programmes de développement, couvrent de vastes domaines – comme l’alimentation, l’agriculture, les semences, la santé, le changement climatique, l’éducation, les médias, les infrastructures, et l’énergie, tel que le montre le rapport de Navdanya International[3] « Gates to a Global Empire » – et tissent un réseau complexe de puissance internationale et d’influence pour garantir des intérêts spécifiques. Avec le poids du capital d’investissement détenu à la fois par la Gates Foundation Trust et leur richesse personnelle, en conjonction avec leur plateforme médiatique publique achetée, Bill et Melinda Gates ont défini l’ordre du jour dans ces différents secteurs. En fin de compte, l’objectif visé est d’aligner l’opinion publique sur les investissements des entreprises privées et la politique internationale et étatique, afin d’ouvrir de nouveaux marchés au nom du « développement ».

Gates et des dirigeants mondiaux à la COP21 sur le changement climatique à Paris en 2015

Un exemple majeur est la façon dont Gates étend son autorité sur la santé mondiale en investissant dans les institutions de santé internationales, comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dont la Fondation Bill et Melinda Gates fournit près de 20% des fonds[4]. Gates cherche à contrôler l’éducation et les médias, par exemple en finançant des établissements de recherche scientifique, comme l’Université Cornell[5], et l’Université John Hopkins, ainsi qu’en octroyant de généreuses subventions à d’importants journaux[6], comme The Guardian, BBC, et Al Jazeera, pour n’en citer que quelques-uns, et ainsi publier des histoires alignées sur ses récits.

Malgré sa décision de contribuer à lutter contre le réchauffement climatique, Gates investit aussi directement dans l’industrie fossile[7].  Il est le principal actionnaire[8] de l’une des plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada, Canadian National Railway (Chemin de Fer National du Canada), tandis que Microsoft entretient également des liens directs avec les industries du pétrole et du gaz. Comme l’explique ETC dans « The Sugar Daddy of Geoengineering »[9], Gates a été l’un des principaux partisans de la géoingénierie extrême, des Techniques d’élimination du Dioxyde de Carbone (CDR), de la Géoingéniérie Solaire, et d’autres techniques de ce genre en même temps que des industries fossiles depuis plus d’une décennie.

L’imposition d’un modèle agricole défaillant

L’un des principaux secteurs où le marché privé et les intérêts de Gates sont le plus évident, est sa promotion de la transformation agricole. La Fondation Gates soutient des nouvelles technologies et un modèle agricole industriel depuis des décennies, sous prétexte de lutter contre la faim et le changement climatique.

En 2008, Gates a tenté de relancer le modèle raté de la Révolution Verte des années 1960 en Afrique, en lançant le programme AGRA[10] (Alliance pour une Révolution Verte en Afrique), encourageant les agriculteurs à s’orienter vers des monocultures commerciales à grande échelle, et en promouvant les engrais de synthèse, les pesticides et les semences à haut rendement ou OGM. Les recherches menées par Timothy Wise et présentées dans le rapport Gates to a Global Empire[11], démontrent comment, 15 ans plus tard, rien ne prouve que les objectifs fixés par l’AGRA aient abouti à des améliorations significatives de la productivité. Au contraire, on observe un accroissement de 30% des personnes souffrant d’extrême pauvreté dans les pays concernés par AGRA, preuve directe de l’échec de cette initiative.

Source: AGRA

Si nombreux sont ceux à avoir critiqué cet échec d’AGRA, ce n’est pas le seul exemple d’une tentative de Bill Gates pour contrôler ce qui se passe dans les champs des agriculteurs. En janvier 2020, la Fondation Bill et Melinda Gates a lancé Ag One[12], un nouvel institut de recherche qui vise à « donner aux petits agriculteurs les moyens, les technologies et les ressources abordables et de haute qualité dont ils ont besoin pour se sortir de la pauvreté ». L’objectif est la promotion des techniques de la Révolution Verte parallèlement aux nouvelles innovations technologiques, comme la technologie des données et des capteurs, l’agriculture de précision, le forçage génétique, les OGM, les modèles prédictifs d’intelligence artificielle, etc., pour augmenter la productivité des cultures en Afrique et en Asie, ainsi qu’en Amérique Latine sous le nom d’Ag Tech[13]. Avec le lancement d’Ag Tech, des partenariats ont également été annoncés avec l’IICA (Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture), Microsoft, Bayer, Corteva et Syngenta, en plus de la Fondation Bill et Melinda Gates, donnant lieu en Amérique Latine à une alliance dangereuse des entreprises agricoles industrielles et biotechnologie.

Source: Gates Notes

La BMGF se concentre clairement et fièrement sur ces partenariats et sur la perpétuelle poussée du modèle de l’agriculture industrielle. L’enthousiasme de Gates pour les engrais chimiques est par exemple bien connu. Selon lui, les engrais sont « une invention magique qui peut aider à sortir des millions de personnes de la pauvreté »[14], même si les scientifiques affirment qu’ils émettent des quantités dangereuses de gaz à effets de serre[15] et sont des polluants environnementaux reconnus. Gates considère aussi les semences OGM comme une « solution technique nécessaire » au développement agricole qui pourrait « mettre fin à la famine en Afrique »[16], malgré leurs échecs connus et leurs conséquences environnementales, sociales et sanitaires dévastatrices. Il a également exprimé publiquement son soutien aux méthodes très problématiques[17] de manipulation génétique telles que CRISP-Cas9, dans lesquelles il a investi des millions[18]. Sa fondation finance également massivement les centres du GCRAI (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale), qui reçoivent plus de 70%[19] des investissements, faisant de Gates le plus grand donateur du GCRAI. Ces investissements confèrent à Gates une influence considérable, lui permettant de façonner l’agenda mondial de la politique agricole et de développement, et constituent un moyen pratique pour ouvrir de nouveaux marchés à l’agro-industrie et à la biotechnologie, sur des marchés auparavant non rentables ou difficiles d’accès. L’alignement des politiques dans ces pays et ces secteurs assure alors un retour sur les investissements de Gates.

La Commission Mondiale sur l’Adaptation

Une des façons par lesquelles Gates pousse discrètement sa vision et son agenda, est via la Commission Mondiale sur l’Adaptation[20], une commission internationale cofondée par Gates, qui pousse des solutions technologiques à l’adaptation au changement climatique et à son atténuation par des actions telles que combler le « trou des données » du Sud mondial grâce à l’agriculture numérique[21]. Par exemple, les recommandations politiques et les prises de position de la Commission ont déclenché en 2018 un rapport corédigé par l’IICA et le CGIAR[22], qui déclarait sans ambages que « l’adaptation au changement climatique dans l’agriculture est subordonnée à un investissement accru pour moderniser les systèmes agricoles. » Ce rapport a été activement soutenu par les dirigeants de la commission de l’époque.

The Global Commission on Adaptation, co- founded by Gates, pushes technological solutions to climate change – Source: GCA

Les fondateurs de la commission comprennent également Kristalina Georgieva, l’actuelle directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI), et ancienne directrice générale de la Banque Mondiale ; et l’ancien 8ème secrétaire général de l’ONU, Ban-Ki Moon. La commission compte 22 pays organisateurs et est soutenue par un éventail de ministres des Affaires étrangères et ministères, de décideurs, de directeurs de banques de développement et de sociétés de développement, de directeurs de l’ONU et de chefs ou anciens chefs de gouvernements. Depuis la fin de son mandat en 2020, le conseil d’administration n’inclut plus Gates, mais inclut toujours des acteurs qui restent proches de son agenda. Il s’agit notamment de Rodger Voorhies, le Président de la division Croissance et Opportunités de la BMFG. Ainsi que Feike Sijbesma – actuelle PDG[23] et présidente honoraire de DSM, une entreprise de biologie synthétique et de faux aliments fondée par Breakthrough Energy Ventures.

Breakthrough Energy Ventures : la porte tournante pour les « super émetteurs »

Alors que la poussée politique du paradigme industriel a lieu par des initiatives de développement et de pression politique, ce jeu de profits milliardaires et de partenariat d’entreprises est le plus évident dans l’un des fonds d’investissement personnels les plus importants de Gates : Breakthrough Energy Ventures.  Désormais mis sous les projecteurs comme un symbole de l’engagement de Gates à résoudre le changement climatique, ce fonds d’investissement est soutenu par d’autres philanthrocapitalistes[24] et milliardaires comme Jeff Bezos, Mukesh Ambani, Michael Bloomberg, Richard Branson du groupe Virgin, Reid Hoffman de LinkedIn, Jack Ma d’Alibaba, l’ancien trader d’Enron, et John Arnold, gestionnaire de fonds spéculatifs devenu philanthrope, parmi d’autres noms éminents.

Breakthrough Energy Ventures est soutenu par plusieurs milliardaires et philanthrocapitalitses, dont (de gauche à droite) : Bill Gates, Richard Branson, Mark Zuckerberg, George Soros, Jeff Bezos – Source: Great Game India

Sur les multiples start-up fondées par Breakthrough, sept sont impliquées dans les domaines de l’alimentation et de l’agriculture, notamment à travers le développement et la commercialisation de produits de biologie de synthèse et de biotechnologies. Alors que ces entreprises utilisent une rhétorique écologique de façade de promotion de « solutions climatiques durables », un examen plus approfondi révèle que leurs équipes de direction sont criblées d’anciens dirigeants de DuPont, Monsanto, Fondation Bill et Melinda Gates, PepsiCo et Microsoft. Soulevant la question suivante : comment des personnes impliquées dans les mêmes entreprises qui ont créé notre crise sanitaire, écologique et climatique peuvent-elles d’une quelconque façon être qualifiées pour nous revendre la « solution » ?

Un exemple direct du chevauchement entre la nourriture industrielle, l’agriculture et les nouvelles entreprises technologiques est Motif Foodworks[25], une entreprise de biotechnologie qui travaille à créer et commercialiser des « alternatives végétales » à la viande et aux produits laitiers, ainsi qu’à la création de produits alimentaires et ingrédients finis.  La startup revendique la durabilité en faisant référence au manque de terre, aux intrants agricoles, et aux ressources externes intensives tout en fournissant une nutrition améliorée. Ils ont un partenariat exclusif avec la société connue de biotechnologie synthétique également financée par Gates, Gingko Bioworks[26], qui crée des produits pour des sociétés pharmaceutiques telles que Moderna, des produits chimiques et des ingrédients alimentaires industriels, tels que Motif Foodworks. Gingko Bioworks a aussi participé à un partenariat de 100 millions de dollars avec Bayer pour développer des engrais microbiens en biologie de synthèse.  Mais ce n’est pas le seul lien que Motif Foodworks entretient avec les grandes entreprises alimentaires et agroindustrielles. Tous leurs hauts dirigeants[27] – le PDG, le directeur commercial (CCO), et le directeur de la Technologie (CTO) – ont déjà exercé des fonctions chez DuPont et PepsiCo. Leur responsable des Affaires Réglementaires, Gouvernementales et Industrielles, a aussi passé huit ans comme Directeur de la Promotion Mondiale chez Monsanto, neuf autres en tant que Directeur des affaires réglementaires d’entreprise chez Dupont, et quatre chez Croplife en tant que vice-président des Affaires Scientifiques et réglementaires. Leur principal conseiller est l’ancien PDG de PepsiCo Indra Nooyi. Il en va de même pour les startups financées par Breakthrough, Nature’s Fynd[28] ou Biomilq[29], où le responsable de la gestion des produits et du développement commercial, Rachel Lee, a été responsable de la stratégie au BMGF et cofondatrice de Biomilq. Elle a effectué un stage au BMGF l’année de la création de son entreprise.

Ce schéma se répète avec une autre société de Breakthrough Energy Ventures, Pivot Bio, qui cherche à remplacer les engrais azotés synthétiques pour les monocultures de maïs, par des microbes fixateurs d’azote conçus par biologie de synthèse. L’entreprise a reçu un investissement de 70 millions de dollars de Breakthrough en 2017, puis un autre investissement de 100 millions de dollars[30] à l’été 2020. Ici, tous les cadres supérieurs sont d’anciens cadres de DuPont ou de Monsanto : depuis le CTO qui a passé 30 ans chez DuPont et DuPont Pioneer à développer des huiles de graines industrielles ; le vice-président des Affaires Réglementaires et Gouvernementales qui a passé 27 ans chez DuPont en tant qu’ancien chef des affaires gouvernementales et chef des affaires commerciales ; le vice-président du Développement des Produits a passé 37 ans chez Monsanto ; le vice-président des Communications a promu l’adoption de la biotechnologie tout en travaillant au département marketing de DuPont et de DuPont Pioneer. Sans oublier que Cooper Rinzler est à la fois le Directeur de Pivot Bio et membre du conseil d’administration de Breakthrough Energy Ventures.

Outre les multiples problèmes liés au développement et à l’application de ces produits de biologie synthétique dans l’alimentation et l’agriculture, la fuite d’anciens dirigeants de sociétés d’agriculture industrielle vers de nouvelles startups de biotechnologie, signale la prochaine itération de la concentration de l’agriculture industrielle et de l’expansion du marché et non pas vers des solutions durables et  « intelligentes » pour le climat. D’autant plus que les membres des mêmes entreprises qui ont continuellement nié les effets néfastes de leurs « innovations » alimentaires et agricoles, nous vendent maintenant des solutions tout aussi risquées et non testées aux problèmes que leurs entreprises ont créés en premier lieu. Sans parler des conflits d’intérêts évidents et fréquents dans ce secteur incestueux. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que Breakthrough Energy Ventures dispose également d’une boîte à outils pour les politiques publiques[31]. Breakthrough ne se considère pas seulement comme une société d’investissement privée, mais s’implique également dans la défense de politiques pour s’assurer que ses innovations aient un marché. Et, conformément à la stratégie de Gates de façonner l’opinion publique par le biais des médias, un nouveau programme de journalisme, dirigé par Amy Harder, ancienne journaliste du Wall Street Journal, est également en cours d’élaboration. Mais alors que ces facteurs sont volontairement occultés, l’industrie autour des « régimes alimentaires à base de plantes », justifiés comme « climato-intelligents », commence à prendre son essor.

La fausse promesse de la nourriture artificielle

L’une des promotions les plus récentes de Gates, est sa prescription d’aliments synthétiques pour les pays développés afin de combattre le changement climatique.  Dans une récente interview accordée à MIT Technology Review[32], Gates déclare penser que « tous les pays riches devraient passer à une viande de bœuf 100% synthétique. » Ces faux aliments remplacent les produits animaux par des aliments hautement transformés cultivés en laboratoire, comme la fausse viande, les faux produits laitiers, ou les faux œufs. Cela est rendu possible par des innovations techniques telles que la biologie de synthèse, qui consiste à reconfigurer l’ADN d’un organisme pour créer quelque chose d’entièrement nouveau. Par exemple, des entreprises de viande d’origine végétale comme Beyond Meat et Impossible Foods utilisent une séquence d’ADN provenant de graines de soja ou de pois pour créer un produit qui a l’apparence et le goût de la vraie viande. Certaines entreprises investissent également dans la viande cellulaire[33], cultivée à partir de véritables cellules animales, mais elle n’est pas encore disponible sur le marché.

De plus en plus d’entreprises se lancent sur ce marché en pleine expansion, comme Motif Foodworks (substituts de viande et de produits laitiers d’origine végétale), Ginkgo Bioworks (microbes sur mesure), BioMilq (lait maternel cultivé en laboratoire), Nature’s Fynd (substituts de viande et de produits laitiers cultivés par des champignons), Eat Just (substituts d’œufs fabriqués à partir de protéines végétales), Perfect Day Food (produits laitiers cultivés en laboratoire) ou NotCo (produits animaux d’origine végétale fabriqués par l’IA), pour n’en citer que quelques-unes. Même les géants de l’industrie de la viande profitent de ce marché florissant. Des producteurs de viande tels que Tyson Foods (qui a investi dans Memphis Meats et Future Meat Technologies, qui créent tous deux des substituts de viande cultivés en laboratoire), Nestlé, Cargill, Maple Leaf Foods ou Perdue Farms prospèrent grâce à cette tendance, en vendant des produits tels que des saucisses, des hamburgers et du faux bœuf haché largement fabriqués à partir de protéines de pois ou de soja. Toutes ces entreprises sont soutenues par des milliardaires de haut rang et des investisseurs de la Big Tech. Bill Gates, à lui seul, a investi 50 millions de dollars dans Impossible Foods et finance activement Beyond Meat, Ginkgo Bioworks et BioMilq, comme décrit plus tôt.

La poursuite de pratiques préjudiciables à l’environnement

Les partisans de la fausse nourriture affirment qu’il s’agit d’une véritable solution aux changements climatiques et aux dégradations environnementales tout en réglant les problèmes de bien-être animal. Par exemple, Impossible Foods[34] déclare que sa viande végétale nécessite 96 % de terres en moins, 87% d’eau en moins et émet 89% de gaz à effet de serre en moins que les produits conventionnels d’origine animale.

Cependant, les faux aliments ont une empreinte carbone plus importante que les protéines végétales moins transformées[35]. Les substituts à base de plantes émettent jusqu’à sept fois plus de GES que les légumineuses entières. La viande « cellulaire » émet plus de GES que les produits d’origine animale. Des recherches récentes suggèrent même que, sur le long terme, l’impact environnemental de la viande produite en laboratoire[36] sera plus élevé que celui du bétail.

De plus, les faux aliments sont présentés comme « écologiques », alors qu’ils sont fabriqués à partir de protéines de pois, de soja ou de maïs cultivées à grande échelle, avec des monocultures, des pesticides toxiques et souvent des OGM. L’Impossible Burger est fabriqué avec du soja OGM pulvérisé au Roundup, entrainant des ravages écologiques considérables. Les niveaux totaux de glyphosate détectés dans l’Impossible Burger par les Laboratoires du Health Research Institute s’élevent à 11,3ppb, ce qui rend sa consommation hautement dangereuse[37], car seulement 0,1ppb de glyphosate peut détruire les bactéries intestinales, endommager les organes vitaux comme le foie et les reins, provoquer des anomalies de la reproduction, voire des tumeurs, le glyphosate étant également un « cancérigène probable pour l’homme ». Plus généralement, la dépendance aux pesticides est directement liée à des problèmes de santé chroniques à long terme, pour les consommateurs et les agriculteurs.

D’autres entreprises, comme Beyond Meat[38], qui présentent leurs produits comme « plus propres » puisqu’ils sont exempts d’ingrédients génétiquement modifiés, admettent néanmoins qu’ils ne sont pas biologiques[39] et qu’ils dépendent encore largement des monocultures et des pesticides. Paradoxalement, ces substituts de viande d’origine végétale, qui prétendent sauver les animaux, l’eau et l’environnement, contribuent au contraire directement au système alimentaire qui menace la biodiversité mondiale[40], détruit la faune et la flore, altère les sols et pollue les nappes phréatiques[41]. De plus, les chaînes d’approvisionnement des entreprises fabriquant de la fausse nourriture nécessitent un transport excessif de combustibles fossiles[42], comme la plupart des produits alimentaires industriels.

Les effets sur la santé des faux aliments hyper-transformés

Non seulement les faux aliments sont nuisibles à l’environnement, mais ils peuvent également porter préjudice à la santé humaine. Les substituts à base de plantes sont susceptibles d’avoir une série de conséquences néfastes sur la santé à long terme[43], car ils sont hautement transformés et contiennent des ingrédients tels que des protéines de pois isolées et de l’huile de colza.

De nouveaux additifs également issus de la biologie de synthèse sont ajoutés à ces produits. Par exemple, pour que l’Impossible Burger ait l’apparence de « saigner » comme de la vraie viande, on ajoute une molécule d’ « hème » provenant du soja, l’hémoglobine, un colorant produit par des levures génétiquement modifiées. Selon le Centre pour la Sécurité Alimentaire, la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) n’a pas effectué de tests à long terme[44] adéquats avant d’approuver l’additif colorant en 2019, et après un essai à court terme sur des rats[45], plusieurs effets indésirables potentiels ont été détectés comme des changements dans la prise de poids, des changements dans le sang qui peuvent indiquer une inflammation ou une maladie rénale, des perturbations dans le cycle de reproduction et des signes possibles d’anémie. Malgré l’absence de preuves de l’innocuité de l’additif, les produits d’Impossible Foods contenant de l’hème génétiquement modifié sont maintenant vendus dans les supermarchés à travers les États-Unis, illustrant un environnement déréglementé qui préfère le profit et l’influence des entreprises à la santé publique.

L’ensemble du processus d’isolement des protéines végétales peut également avoir des conséquences dangereuses pour la santé humaine[46]. Le soja contient de nombreux anti-nutriments qui peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, tels que des troubles digestifs, des déséquilibres hormonaux, des maladies auto-immunes, l’obésité, des troubles digestifs, des troubles neurologiques ou des réactions immunologiques. D’autant plus que les protéines de soja et de pois principalement utilisées dans la plupart des viandes végétales sont fortement transformées par un chauffage élevé, des extractions chimiques et des isolations de protéines, et maintenant des modifications génétiques, générant des composés qui ne se trouvent pas naturellement dans les aliments.

Enfin, les produits animaux créés artificiellement manquent parfois de plusieurs nutriments ou bienfaits naturels. Par exemple, le lait produit en laboratoire, comme celui de BioMilq, ne peut pas évoluer en fonction des besoins de l’enfant, comme le fait le vrai lait maternel. Il ne contient pas d’hormones ni de bactéries provenant du biome de la mère et, surtout, il ne contient pas d’anticorps[47], qui sont vitaux pour les bébés.

Les viandes d’origine végétale, en revanche, ne répondent pas aux exigences nutritionnelles que remplissent les véritables aliments d’origine animale. Le simple fait d’ajouter des protéines, des vitamines et des minéraux isolés à un régime alimentaire ne confère pas les mêmes bénéfices[48] pour la santé que lorsque ces nutriments sont ingérés sous forme d’aliments entiers, animaux ou végétaux, qui contiennent des milliers de composés agissant en synergie. Les hamburgers à base de plantes ne sont pas plus sains que les produits animaux[49], y compris la viande rouge.

Breveter : tirer profit de la vie

Loin de mettre fin au changement climatique ou à la faim dans le monde, le brevetage de techniques de culture de faux aliments artificiels devient un autre instrument de profit pour les entreprises et les milliardaires. D’autant plus que 20 brevets[50] sont désormais attribués à Impossible Foods, et que plus de 100 autres brevets sont en attente[51] pour d’autres substituts de la viande artificielle, du poulet au poisson.

© Seth J. Itzkan, Soil4Climate

Il n’est pas étonnant que les grandes entreprises de sélection végétale comme Bayer voient une grande opportunité dans le boom de l’industrie à base de plantes[52]. Lors d’un événement organisé en 2019 à l’intention des investisseurs dans le Missouri, Bob Reiter, responsable de la recherche et du développement de la division des sciences végétales de Bayer, a déclaré que les entreprises de viande végétale « s’approvisionnent en différents types de cultures et cela pourrait également créer des opportunités pour nous, qui sommes une entreprise de sélection végétale ».

Cette logique de brevetage réduit également les animaux et la nature à une « technologie améliorable », selon les termes de Pat Brown, PDG et fondateur d’Impossible Foods. Selon lui[53], « les animaux ne sont que la technologie que nous avons utilisée jusqu’à présent pour produire de la viande ». Cela signifie qu’ils peuvent simplement être remplacés par des technologies plus efficaces, comme la nourriture artificielle. La fausse nourriture sépare l’homme de la nature et la nourriture de la vie. Mais nous devons penser au-delà de nos besoins strictement humains et comprendre les besoins des systèmes écologiques dans lesquels nous sommes intégrés. Nous ne pouvons pas répondre à la crise environnementale urgente sans transformer notre relation avec la nature.

La fausse viande, une fausse solution qui passe à côté de l’agriculture régénératrice

La fausse nourriture déplace le pouvoir politique des agriculteurs biologiques et des marchés locaux vers les entreprises de biotechnologie. Elle ne tient pas compte des connaissances locales et indigènes et des diverses cultures alimentaires qui ont évolué parallèlement aux divers écosystèmes. De plus, elle ignore complètement les solutions proposées par le mouvement croissant de l’agriculture régénératrice. Si les inquiétudes concernant la production industrielle de viande sont légitimes, certaines pratiques de pâturage des animaux[54] peuvent en fait améliorer la biodiversité et la santé des sols et séquestrer activement le carbone[55] en entretenant et en fertilisant la végétation et le sol. Ces modèles peuvent contribuer de manière substantielle à atténuer le changement climatique[56], ou du moins à ne pas l’exacerber davantage, ainsi qu’à réparer les sols endommagés et à ralentir les processus de désertification. Cela signifie que, dans certains cas, la viande provenant d’animaux nourris à l’herbe peut avoir une empreinte écologique inférieure à celle des hamburgers à base de plantes. Des études menées par Quantis International ont montré que l’analyse du cycle de vie de l’Impossible Burger révèle des émissions de +3,5 CO2- /par kg de produit[57], contre -3,5 CO2-eq /par kg[58] pour la viande de bœuf produite selon des pratiques de pâturage régénératrices, ce qui signifie qu’au cours du cycle de vie de l’animal, la quantité de carbone séquestrée est supérieure à celle émise.

Les investisseurs et les défenseurs de la fausse nourriture ne voient pas que les vrais problèmes résident dans le modèle d’agriculture industrielle, plutôt que dans la seule production de viande. Cela souligne la nécessité de défendre des pratiques agroécologiques et une diversité agricole[59] pour garantir un environnement plus sain et la souveraineté alimentaire à l’échelle mondiale.

La fausse nourriture est une fausse solution, qui vise à remplacer la viande sans remettre en question l’industrie alimentaire et agricole capitaliste axée sur le profit. Cet état d’esprit explique pourquoi nous verrons bientôt des hamburgers « Beyond Meat » dans les menus à base de plantes[60] de McDonald’s, alors que nous devrions plutôt nous concentrer sur la nécessité d’une véritable agriculture régénératrice et d’un changement systémique pour protéger la nature et la santé des personnes.

Biodiversité et agroécologie sont les vraies solutions au changement climatique

Le changement climatique et ses conséquences bien réelles ne peuvent être abordés pleinement sans reconnaître le rôle central du système alimentaire industrialisé et mondialisé dans la création de la crise climatique en contribuant à 44% à 57% de toutes les émissions de gaz à effet de serre par la déforestation, les animaux dans les exploitations d’alimentation animale concentrées (CAFO), les emballages en plastique et en aluminium, le transport sur de longues distances et les déchets alimentaires.[61]

La poursuite de l’industrialisation, de la mondialisation et, maintenant, de la numérisation, telle qu’elle est encouragée par la BMGF, signifierait une promotion accrue des semences commerciales, de l’utilisation de produits chimiques toxiques, de l’utilisation de grandes quantités d’eau, d’équipements agricoles géants qui consomment beaucoup de gaz, et d’un système de transport et de production mondial massif basé sur les combustibles fossiles, ce qui risquerait directement d’augmenter cette contribution aux GES. Sans compter que, comme cela a été démontré lors des premiers confinements liés au coronavirus en 2020, ces systèmes alimentaires mondialisés et industrialisés sont également beaucoup plus vulnérables aux perturbations, ce que le changement climatique accélère déjà. Par conséquent, la façon dont nous produisons nos aliments devrait jouer un rôle important dans la manière dont nous réduisons les émissions de gaz à effet de serre et dont nous nous adaptons directement au changement climatique.

© Drona Chetri, Navdanya

Nous avons le choix de ne pas poursuivre sur la voie qui détruit déjà la biodiversité, la vie des agriculteurs et les économies rurales et qui menace maintenant l’avenir en détruisant notre planète. Il existe d’autres chemins que les agriculteurs du monde entier empruntent depuis près de 10.000 ans et qui ont été continuellement rajeunis grâce à des systèmes agroécologiques diversifiés. Un chemin agroécologique qui peut maintenant montrer la voie vers un avenir plus écologique et qui est maintenant suivi par des communautés alimentaires locales diverses à travers le monde, introduisant un nouveau paradigme en harmonie avec la nature.

L’agroécologie repose sur un vaste ensemble de principes et comprend diverses manières de cultiver avec la nature et de renouveler la biodiversité grâce à des semences, des sols et des communautés locales vivantes, sans utiliser de produits chimiques. De la semence à la table, une diversité de mouvements s’est formée avec une variété d’acteurs, y compris des petits agriculteurs, des jardiniers, des organisations de la société civile, des citoyens, des décideurs politiques, des chercheurs et des organisations internationales. Les mouvements peuvent également prendre de nombreuses formes, comme l’agriculture biologique, la permaculture, la biodynamie, l’agriculture régénérative, la vision de l’agriculture naturelle[62] de Matsunuoba Fukukua, les chaînes alimentaires locales/à zéro kilomètre, les modèles coopératifs de production et de consommation, l’agriculture soutenue par la communauté (ASC), les marchés de producteurs, les biodistricts[63], les jardins communautaires et scolaires, les fermes urbaines, les banques de semences[64] communautaires, les mouvements de Slow Food et la renaissance des aliments traditionnels[65] et oubliés, ainsi que des centaines de milliers de traditions agricoles locales qui ont évolué au cours des millénaires. Toutes ces approches adaptent les méthodes agroécologiques aux contextes locaux, pour répondre aux besoins, aux traditions et aux systèmes de connaissances locaux. Ces traditions et approches accordent toutes la priorité aux personnes et à la terre, et placent la souveraineté alimentaire au centre de leurs économies alimentaires locales circulaires, cycliques, biodiversifiées, saines et durables. Grâce à ces diverses méthodes, les petits agriculteurs fournissent à leurs communautés locales[66] des aliments sains et nutritifs tout en préservant la santé de l’écosystème.

Les systèmes alimentaires agroécologiques sont un moyen avéré de réduire les émissions de CO2 en séquestrant les gaz à effet de serre.[67] Cela se fait en réorientant les chaînes d’approvisionnement alimentaire vers des économies alimentaires locales qui éliminent les méthodes à forte intensité de combustibles fossiles et les chaînes d’approvisionnement mondiales, en les remplaçant par le recyclage des ressources, des intrants à faible intensité qui imitent la nutrition de la nature, et des cycles hydrologiques pour soigner le sol et la biodiversité[68]. Cela passe aussi par le renforcement des sols en augmentant leur biodiversité, ce qui contribue à la fois à fixer le dioxyde de carbone dans les sols et à réduire les besoins en engrais chimiques et en pesticides. Des sols sains contribuent également à maintenir une biodiversité accrue, réduisant ainsi la pression exercée par les parasites et les maladies[69]. On estime que la conversion généralisée à l’agroécologie et à l’agriculture biologique permettrait d’atténuer 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture mondiale dans un scénario de mise en œuvre minimale et jusqu’à 65% dans un scénario de piégeage maximal du carbone[70].

En plus d’apporter une solution durable au changement climatique, la transition vers des systèmes alimentaires et agricoles agroécologiques permettrait également de garantir les moyens de subsistance de plus de 1,5 milliard de petits exploitants agricoles dans le monde, tout en assurant la souveraineté alimentaire des populations les plus vulnérables. Partout dans le monde, ces communautés alimentaires sont déjà en train d’adopter cette voie écologique et démocratique, semant ainsi les graines d’un système alimentaire aux mains des communautés, des femmes, des agriculteurs et des consommateurs, libéré du contrôle des entreprises, des poisons chimiques, de l’empreinte carbone, des plastiques et des brevets. Ces systèmes créent la résilience face à l’aggravation des vulnérabilités écologiques et économiques en récupérant les semences, la nourriture et les connaissances en tant que biens communs.

Les solutions agroécologiques au changement climatique sont fondées sur une approche systémique qui reconnaît la cause profonde de nos crises, une compréhension approfondie de la transformation du vivant et, par conséquent, une vision différente de ce que pourrait être la transformation des systèmes alimentaires aux niveaux politique, social et économique. Cette véritable transformation agroécologique est incompatible avec le paradigme de l’agriculture industrielle, car pour cela, il faut s’éloigner complètement du système alimentaire industriel hypercentralisé et contrôlé par l’entreprise.

L’agroécologie et les approches basées sur la biodiversité permettent aux agriculteurs de nourrir leurs communautés locales tout en préservant et en régénérant les écosystèmes – © Navdanya

En réalité, les stratégies de Bill Gates n’ont donc rien à voir avec le fait de sortir les pauvres de la pauvreté ou de lutter contre le changement climatique. Gates et sa fondation n’ont rien d’altruiste ou d’ « optimiste ».  Il s’agit plutôt d’une tentative flagrante d’accumulation de pouvoir par l’imposition obstinée d’un paradigme qui a déjà échoué. Le niveau d’influence accumulé par Gates, un milliardaire qui admet activement sa connaissance limitée des problèmes qu’il tente de résoudre, s’apprête à retirer le pouvoir à la gouvernance démocratique et appelle à la justice climatique et écologique en remplaçant les décisions démocratiques par l’application de politiques adhérant à ses caprices. Tout en usurpant l’attention, les fonds et les politiques nécessaires à une transformation agroécologique diversifiée.

En d’autres termes, Bill Gates et ses partenaires commerciaux privés continueront à produire des problèmes exponentiellement pires que ceux qu’ils proposent de « résoudre », tout en s’efforçant de concentrer toujours plus de pouvoir entre les mains des privés grâce au dogme de la technologie. Les technologies décrites sont utilisées comme des méthodes d’imposition directe, sans aucune évaluation démocratique, éthique, sociale ou écologique. Tout en substituant des systèmes complexes, diversifiés, autoorganisés, autopoïétiques, créant un nouveau niveau d’illusion qui nous propulse plus rapidement vers l’effondrement.

En fin de compte, deux futurs de l’alimentation et de l’agriculture se dessinent – l’un conduit à la régénération de notre planète, de nos sols, de notre biodiversité, de notre eau, de nos économies rurales et des moyens de subsistance des agriculteurs, de notre santé et de notre démocratie. La seconde voie mène à l’effondrement des écosystèmes de la planète et des systèmes socio-économiques qui soutiennent la société. L’avenir commun des espèces vivantes, de l’humanité et notre pain quotidien dépendent du chemin que nous choisirons de prendre.


Crédits

Auteurs : Ruchi Shroff, Carla Ramos Cortés, Marion Bessol

Recherche : Elisa Catalini

Illustration de couverture : Marion Bessol

Traduction : Jacqueline Goffart – Révision: Marion Bessol

© Navdanya International 2021

Navdanya International

Via Marin Sanudo 27, 00176 Rome

Piazzale Donatello 2, 50132 Florence Italy

Contact : info@navdanyainternational.org www.navdanyainternational.org

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Sources

[1] Schwab, Tim. 2021. “Bill Gates, Climate Warrior. And Super Emitter.,”16 février 2021. https://www.thenation.com/article/environment/bill-gates-climate-book/.

[2] ‘Bill Gates Joins Blackstone in Bid to Buy British Private Jet Services Firm’. Rupert Neate, The Guardian, 9 janvier 2021, http://www.theguardian.com/technology/2021/jan/09/bill-gates-joins-blackstone-in-bid-to-buy-british-private-jet-firm.

[3] Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/fr/publications/gates-to-a-global-empire/.

[4] Dentico, Nicoletta. “The Philanthropic Monopoly of Bill and Melinda Gates”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-THE-PHILANTHROPIC-MONOPOLY-OF-BMGF.pdf

[5] Community Alliance of Global Justice / AGRA Watch, “Messengers of Gates’ agenda: how the Cornell Alliance Spreads Disinformation and Discredits Agroecology”, in Gates to a Global Empire. Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-MESSENGERS-OF-GATES%E2%80%99-AGENDA.pdf

[6] Dentico, Nicoletta. “The Power of Propaganda and the Language of Persuasion”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-THE-POWER-OF-PROPAGANDA.pdf

[7] Schwab, Tim. “Bill Gates, Climate Warrior. And Super Emitter”, février 2021, The Nation, https://www.thenation.com/article/environment/bill-gates-climate-book/

[8] ‘The Sugar Daddy of Geoengineering’. ETC Group, 14 octobre 2020. https://etcgroup.org/content/sugar-daddy-geoengineering.

[9] Ibid.

[10] Dentico, Nicoletta. “Bill & Melinda Gates: the Dystopia of the Green Revolution in Africa”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-THE-DYSTOPIA-OF-THE-GREEN-REVOLUTION-IN-AFRICA.pdf

[11] Wise, Timothy. “Gates Foundation’s Green Revolution Fails Africa’s Farmers”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-FAILS-AFRICA%E2%80%99S-FARMERS.pdf

[12] “Gates Ag One and the Recolonisation of Agriculture”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2020/12/GATES-AGONE-Navdanya-layout.pdf

[13] Cabaleiro, Fernando. “Gates Ag One in Argentina”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2021/02/1-GATES-AG-ONE-IN-ARGENTINA.pdf

[14] Gates, Bill. “Why I Love Fertilizer”, Gates Notes, 14 novembre 2018. https://www.gatesnotes.com/Development/Why-I-love-fertilizer

[15] S, Robert, et al. ‘Fertilizer Use Responsible for Increase in Nitrous Oxide in Atmosphere’. Berkeley News, 30 novembre 2001. https://news.berkeley.edu/2012/04/02/fertilizer-use-responsible-for-increase-in-nitrous-oxide-in-atmosphere/

[16] Bill Gates: GMOs Will End Starvation in Africa. Wall Street Journal sur YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=s2jHpyJAHCU

[17] Latham, Jonathan. ‘God’s Red Pencil? CRISPR and Myths of Precise Genome Editing’. Independent Science News, 25 avril 2016. https://www.independentsciencenews.org/science-media/gods-red-pencil-crispr-and-the-three-myths-of-precise-genome-editing/

[18] Herper, Matthew. ‘Bill Gates And 13 Other Investors Pour $120 Million Into Revolutionary Gene-Editing Startup’. Forbes, https://www.forbes.com/sites/matthewherper/2015/08/10/bill-gates-and-13-other-investors-pour-120-million-into-revolutionary-gene-editing-startup/

[19] Biovision Foundation for Ecological Development & IPES-Food. Money Flows: What is holding back investment in agroecological research for Africa? Biovision Foundation for Ecological Development & International Panel of Experts on Sustainable Food Systems, 2020. http://www.ipes-food.org/_img/upload/files/Money%20Flows_Full%20report.pdf

[20] ‘The Global Commission on Adaptation’. Global Center on Adaptation, https://gca.org/about-us/the-global-commission-on-adaptation/

[21] ‘5 Ways Technology Is Helping Farmers to Adapt’. Global Center on Adaptation, 12 décembre 2020, https://gca.org/5-ways-technology-is-helping-farmers-to-adapt/

[22] Loboguerrero Rodriguez, Ana María, et al. Feeding the World in a Changing Climate: An Adaptation Roadmap for Agriculture. Working Paper, The Global Commission on Adaptation, octobre 2018. cgspace.cgiar.org, https://cgspace.cgiar.org/handle/10568/97662.

[23] ‘DSM Names Feike Sijbesma Honorary Chairman’, DSM, 20 janvier 2020. https://www.dsm.com/corporate/news/news-archive/2020/03-20-dsm-names-feike-sijbesma-honorary-chairman.html

[24] BEV Board & Investors, Breakthrough Energy. https://www.breakthroughenergy.org/investing-in-innovation/bev-board-and-investors

[25] Motif Foodworks, http://madewithmotif.com/

[26] Ginkgo Bioworks, https://www.ginkgobioworks.com/

[27] About, Motif Foodworks, https://madewithmotif.com/about/

[28] Nature’s Fynd https://www.naturesfynd.com/

[29] BioMilq, https://www.biomilq.com/

[30] Lane, Jim. ‘Pivot Bio Raises $100M as It Proves out Why It’s Agtech’s Next Billion-Dollar Baby’, Biofuels Digest. 6 mai 2020. https://www.biofuelsdigest.com/bdigest/2020/05/06/pivot-bio-raises-100m-as-it-proves-out-why-its-agtechs-next-billion-dollar-baby/

[31] Policy Solutions, Breakthrough Energy. https://www.breakthroughenergy.org/us-policy-overview

[32] Temple, James. ‘Bill Gates: Rich Nations Should Shift Entirely to Synthetic Beef’. MIT Technology Review, 14 février 2021. https://www.technologyreview.com/2021/02/14/1018296/bill-gates-climate-change-beef-trees-microsoft/

[33] Saigol, Lina and Keown, Callum. ‘Is Cell-Based Meat the Next Big Thing? Here Are 5 Companies Leading the Revolution’. MarketWatch,ct. 8 octobre 2020. https://www.marketwatch.com/story/is-cell-based-meat-the-next-big-thing-here-are-5-companies-leading-the-revolution-2020-10-06

[34] Sustainability, Impossible Foods, https://impossiblefoods.com/sustainable-food

[35] Santo, Raychel E., et al. ‘Considering Plant-Based Meat Substitutes and Cell-Based Meats: A Public Health and Food Systems Perspective’. Frontiers in Sustainable Food Systems, vol. 4, août 2020, p. 134. https://doi.org/10.3389/fsufs.2020.00134

[36] Muraille, Eric. ‘“Cultured” Meat Could Create More Problems than It Solves’. The Conversation, 28 novembre 2019,  http://theconversation.com/cultured-meat-could-create-more-problems-than-it-solves-127702

[37] Honeycutt, Zen. ‘GMO Impossible Burger Positive for Carcinogenic Glyphosate’. Moms Across America, 16 mai 2019. https://www.momsacrossamerica.com/gmo_impossible_burger_positive_for_carcinogenic_glyphosate

[38] ‘Beyond Meat May Be Bad For The Environment’, Seeking Alpha, 22 juin 2020. https://seekingalpha.com/article/4355008-beyond-meat-may-be-bad-for-environment

[39] FAQ, Beyond Meat, https://www.beyondmeat.com/faqs/

[40] ‘Our Global Food System Is the Primary Driver of Biodiversity Loss’. UN Environment, 2 mars 2021, http://www.unep.org/news-and-stories/press-release/our-global-food-system-primary-driver-biodiversity-loss

[41] ‘Advantages and Disadvantages of Monoculture Farming’. Conserve Energy Future, 1 mars 2020, https://www.conserve-energy-future.com/advantages-disadvantages-examples-monoculture.php.

[42] ‘Beyond Meat May Be Bad For The Environment’, Seeking Alpha, 22 juin 2020. https://seekingalpha.com/article/4355008-beyond-meat-may-be-bad-for-environment

[43] Lawrence, Mark A., and Phillip I. Baker. ‘Ultra-Processed Food and Adverse Health Outcomes’. BMJ (Clinical Research Ed.), vol. 365, mai 2019, p. l2289. PubMed. https://doi.org/10.1136/bmj.l2289

[44] ‘Lawsuit Challenging FDA Approval of Novel Genetically Engineered Color Additive That Makes Impossible Burger’. Center for Food Safety, 29 janvier 2021. https://www.centerforfoodsafety.org/press-releases/6256/lawsuit-challenging-fda-approval-of-novel-genetically-engineered-color-additive-that-makes-impossible-burger-bleed-moves-forward

[45] ‘Rat Feeding Study Suggests the Impossible Burger May Not Be Safe to Eat’. GMO Science, 25 juin 2019. https://www.gmoscience.org/rat-feeding-studies-suggest-the-impossible-burger-may-not-be-safe-to-eat/

[46] Keough, Sara. ‘Artificial Animals – Part 2: The Hidden Dangers of Processed Plant Proteins’. Understanding Ag, 13 janvier 2021, https://understandingag.com/artificial-animals-part-2-the-hidden-dangers-of-processed-plant-proteins/

[47] Kleeman, Jenny. ‘“I Want to Give My Child the Best”: The Race to Grow Human Breast Milk in a Lab’. The Guardian, 14 novembre 2020, http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2020/nov/14/i-want-to-give-my-child-the-best-the-race-to-grow-human-breast-milk-in-a-lab.

[48] Van Vliet, Stephan, et al. ‘Plant-Based Meats, Human Health, and Climate Change’. Frontiers in Sustainable Food Systems, vol. 4, octobre 2020, p. 128. https://doi.org/10.3389/fsufs.2020.00128

[49] Lucas, Amelia. ‘Are Beyond Meat’s Plant-Based Burgers Healthier than Red Meat? Dietitians Say No.’ CNBC, July 4, 2019. https://www.cnbc.com/2019/07/03/are-beyond-meats-burgers-healthier-than-red-meat-dietitians-say-no.html

[50] Patents Assigned to Impossible Foods Inc. Justia Patents Search. https://patents.justia.com/assignee/impossible-foods-inc?fbclid=IwAR1SbkDSsW51kGKtGB6tVj5VIBDV_bRPNS37lEeirUkqAsX99Z0xc7htdb0

[51] Itzkan, Seth. “Software to Swallow. Impossible Foods Should Be Called Impossible Patents”, in Gates to a Global Empire, Navdanya international, octobre 2020. https://navdanyainternational.org/wp-content/uploads/2020/10/SOFTWARE-TO-SWALLOW.pdf

[52] Bellon, Tina. ‘Bayer Sees Potential Future Business in Plant-Based Meat Market’. Reuters, 1er août 2019. https://www.reuters.com/article/us-bayer-agriculture-food-idUSKCN1UR5SF.

[53] Purdy, Chase. ‘Functional Foods Are Boring. Someone Tell Silicon Valley.’ Quartz, Sept. 1, 2018. https://qz.com/quartzy/1375904/functional-foods-are-boring-someone-tell-silicon-valley/

[54] Roulac, John W. ‘Making America’s Rivers Blue Again: Connecting the Dots Between Regenerative Agriculture and Healthy Waterways’. Common Dreams, Feb. 17, 2021. https://www.commondreams.org/views/2021/02/17/making-americas-rivers-blue-again-connecting-dots-between-regenerative-agriculture

[55] Reeder, J. D., and G. E. Schuman. ‘Influence of Livestock Grazing on C Sequestration in Semi-Arid Mixed-Grass and Short-Grass Rangelands’. Environmental Pollution, vol. 116, no. 3, mars 2002, pp. 457–63. https://doi.org/10.1016/S0269-7491(01)00223-8

[56] Teague, W. R., et al. ‘The Role of Ruminants in Reducing Agriculture’s Carbon Footprint in North America’. Journal of Soil and Water Conservation, vol. 71, no. 2, mars 2016, pp. 156–64. https://doi.org/10.2489/jswc.71.2.156

[57] ‘Comparative Environmental LCA of the Impossible Burger with Conventional Ground Beef Burger’, Quantis, février 2019. https://assets.ctfassets.net/hhv516v5f7sj/4exF7Ex74UoYku640WSF3t/cc213b148ee80fa2d8062e430012ec56/Impossible_foods_comparative_LCA.pdf

[58] ‘Carbon Footprint Evaluation of Regenerative Grazing at White Oak Pastures’, Quantis, février 2019. https://blog.whiteoakpastures.com/hubfs/WOP-LCA-Quantis-2019.pdf

[59] Khoury, C. K., et al. ‘Increasing Homogeneity in Global Food Supplies and the Implications for Food Security’. Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 111, no. 11, mars 2014, pp. 4001–06. https://doi.org/10.1073/pnas.1313490111

[60] ‘Beyond Meat Announces Strategic Global Agreement with McDonald’s’. GlobeNewswire NewsRoom, 25 février 2021. https://www.globenewswire.com/news-release/2021/02/25/2182964/0/en/Beyond-Meat-Announces-Strategic-Global-Agreement-with-McDonald-s.html

[61] “Food and Climate Change: The Forgotten Link.” Grain, 28 septembre 2011. https://www.grain.org/e/4357

[62] Masanobu Fukuoka Natural Farm Official Site, https://f-masanobu.jp/en/

[63] Eco-Region’s Portal. https://www.ecoregion.info/

[64] Community Seed Banks, Navdanya. https://www.navdanya.org/site/living-seed/navdanya-seed-banks

[65] ‘Looking beyond the Spread on Our Tables, India Together’, India Together, 13 mars 2014. http://indiatogether.org/articles/tribal-food-fest-underlines-food-diversity-agriculture

[66] First Draft of the Policy Recommendation on “Agroecological and other innovative approaches”, CSM’s Preliminary Response, http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2017/12/CSMComments_FirstDraft_CFSPolicyRecs_Final.pdf

[67] “Regenerative Organic Agriculture and Climate Change. A Down-to-Earth Solution to Global Warming.” 2020. Rodale Institute. https://rodaleinstitute.org/wp-content/uploads/rodale-white-paper.pdf.

[68] Altieri, Miguel A., and Clara I. Nicholls. 2020. “Agroecology and the Reconstruction of a Post-COVID-19 Agriculture.” The Journal of Peasant Studies 47 (5): 881–98. https://doi.org/10.1080/03066150.2020.1782891.

[69] Altieri, Miguel, and Clara Nicholls. 2004. Biodiversity and Pest Management in Agroecosystems. 2nd Edition. New York: CRC Press.

[70] (Skinner, C., Gattinger, A., Krauss, M. et al. The impact of long-term organic farming on soil-derived greenhouse gas emissions. Sci Rep 9, 1702 (2019). https://doi.org/10.1038/s41598-018-38207-w ).

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