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Réflexions écologiques sur le coronavirus

Une planète, une santé – Liés par la Biodiversité

De nos forêts, jusqu’à nos fermes, jusqu’à notre microbiome

Écrit par Dr Vandana Shiva – Jivad, le blogue de Vandana Shiva, le 18 mars 2020 | Source

Nous faisons partie d’une seule famille sur une unique planète, sains dans notre diversité et dans notre interdépendance.

La santé de la planète ainsi que la nôtre sont indissociables.

Comme nous le rappelait le Dr Martin Luther King: “Nous ne pouvons échapper au réseau de mutualité dans lequel nous sommes pris au piège, partageant la même destinée. Tout ce qui affecte quelqu’un directement influence le reste du monde indirectement.”

Nous pouvons être liés sur un plan mondial par la propagation de maladies, tel le coronavirus, lorsque nous envahissons l’habitat d’autres espèces, manipulons plantes et animaux à des fins commerciales et par cupidité, et répandons des monocultures.

Ou alors nous pouvons être liés par la santé et par le bien-être de tous en protégeant la diversité des écosystèmes et en protégeant la biodiversité, l’intégrité et l’auto-organisation (autopoïèse) de tous les être vivants, y compris des êtres humains.

Une planète, une santé

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De nouvelles maladies sont créées à cause d’un modèle de production alimentaire mondialisé, industrialisé et inefficace qui envahit l’habitat écologique d’autres espèces, tandis que plantes et animaux sont manipulés sans aucun respect de leur intégrité ni de leur santé. L’illusion que la Terre et ses habitants sont des matières premières destinées à être exploitées afin d’en tirer profit crée un monde connecté par des maladies.

La crise sanitaire de laquelle le coronavirus nous fait prendre conscience est liée à la gravité de l’extinction et de la disparition d’espèces, et est connectée à l’urgence climatique. Toute urgence est ancrée dans une vision du monde mécanistique, militaire et anthropocène dans laquelle les êtres humains sont dissociés et supérieurs à d’autres êtres vivants dont nous pouvons disposer, manipuler et contrôler. Ceci est aussi ancré dans un modèle basé sur l’illusion de croissance et de cupidité illimitées qui transgresse systématiquement les limites de notre planète ainsi que l’intégrité de l’écosystème et des espèces vivantes.

Alors que des forêts sont détruites, que nos fermes deviennent des monocultures industrielles produisant des produits toxiques et vides de qualité nutritionnelle et que nos régimes s’appauvrissent à cause de transformations industrielles avec des produits synthétiques et de l’ingénierie génétique prenant place dans des laboratoires, nous devenons liés par des maladies. Au lieu d’être liés par la biodiversité au sein et en-dehors de nous-mêmes, au travers d’une continuité de santé offerte par la biodiversité.

L’appel d’urgence sanitaire pour une approche systémique basée sur l’interdépendance   

Avec l’urgence sanitaire causée par le coronavirus nous avons besoin d’approcher avec une approche holistique et systémique les systèmes qui propagent des maladies et les systèmes qui font foisonner la santé.

Une approche systémique du système sanitaire en temps de pandémie du coronavirus ne s’attaquerait non seulement au virus en lui-même, mais aussi aux raisons pour lesquelles de nouvelles épidémies se propagent, alors que nous envahissons les demeures d’autres êtres vivants. Elle doit aussi interroger les raisons pathologiques liées aux maladies chroniques non-transmissibles qui se propagent à cause de systèmes alimentaires industriels néfastes à la santé, non-durables et allant à l’encontre de la nature.

Comme nous l’avons écrit dans le Manifeste Food for Health de la Commission Internationale sur le Futur de l’Alimentation, nous devons écarter “les stratégies et les pratiques qui mènent à la dégradation morale et physique du système alimentaire tout en détruisant notre santé et en mettant en péril la stabilité écologique de notre planète, menaçant la survie biogénétique de la vie sur Terre.” [1]

Food for Health Manifesto

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Nous devons maintenant démondialiser le système alimentaire qui est à la source du changement climatique, de l’extinction d’espèces animales et d’une crise sanitaire mondiale et systémique.

Ce sont des systèmes alimentaires mondialisés et industrialisés qui propagent des maladies. Les monocultures disséminent des maladies. La déforestation ouvre la voie à des maladies.

L’urgence sanitaire nous force à démondialiser. Nous pouvons le faire tant qu’il y a une volonté politique. Nous devons démondialiser de manière permanente et faire une transition vers le local.

L’agriculture bénéfique à la biodiversité locale et les systèmes alimentaires locaux accroissent la santé et réduisent l’empreinte écologique. Le retour au local laisse de l’espace pour différentes espèces, différentes cultures et pour le foisonnement d’une multitude d’économies locales.

La richesse en biodiversité dans nos forêts, dans nos fermes, dans notre nourriture, dans notre flore intestinale rend la planète, toutes ses différentes espèces, y compris les humains, plus sains et résistants aux maladies et aux parasites.

La Terre est là pour tous les Êtres vivants, Protéger les Droits de la Terre Mère est un Devoir Sanitaire: 

L’envahissement des forêts et la violation de l’intégrité des espèces animales ne fait que propager de nouvelles maladies. 

Au cours de ces 50 dernières années, 300 nouveaux pathogènes ont émergé, tandis que nous détruisons l’habitat d’espèces et les transformons afin d’en tirer profit.[2]

Selon l’OMS, le virus Ebola aurait migré d’animaux sauvages vers les êtres humains: “Le virus est transmis aux êtres humains par des animaux sauvages et se propage au sein de la population humaine par contact entre personnes.”[3]

Le New Internationalist écrit: “Entre 2014 et 2016, une épidémie d’Ebola sans précédent tuait plus de 11’000 personnes au travers de l’Afrique de l’Ouest. Désormais des scientifiques tiennent la rapide déforestation responsable de cette épidémie.”[4]

Comme le dit John E Fa de l’Université Métropolitaine de Manchester, un chercheur associé avec le Centre de Recherche International en Foresterie (CIFOR), “Les maladies émergentes sont liées aux altérations environnementales causées par les humains. Les êtres humains sont beaucoup plus en contact avec les animaux lorsqu’une forêt s’ouvre au monde extérieur… L’équilibre entre animaux, virus et bactéries s’effrite lorsqu’une forêt est violée.”[5]

La Fièvre de Kyasanur (KFD) est un virus hautement pathologique qui se transmet du singe à l’être humain par des tiques atteints d’un virus, alors que la déforestation restreint l’habitat naturel des singes. “La Fièvre de Kyasanur est un pathogène qui a longtemps existé en temps qu’élément d’un écosystème établi au Sud de Kanara. La modification de l’écosystème par la déforestation humaine a occasionné l’incidence épidémique de cette maladie.”[6]

Des chauves souris sont à l’origine du coronavirus. Comme le dit Sonia Shah, “Lorsque nous abattons des arbres dans lesquels des chauves-souris vivent, elles ne peuvent pas simplement s’en aller, elles viennent s’installer dans les arbres de nos arrières-cours et de nos fermes.”[7]

Le professeur Dennis Caroll de l’Université de Cornell souligne que lorsque nous entrons dans des écozones jusque là inoccupées par l’être humain, nous rendons possible la propagation de maladies.[8]

La maladie de la “vache folle”, scientifiquement appelée l’encéphalite spongiforme bovine (ESB), est une maladie infectieuse causée par des protéines déformées nommées “prions” qui s’attaquent aux cerveaux des bovins. Les vaches étaient infectées par la “vache folle” lorsqu’elles étaient nourries avec de la viande provenant d’autres vaches ayant succombé à cette infection. Lorsque de la viande bovine était donnée à manger à des êtres humains, eux aussi se retrouvaient contagiés par cette maladie.[9]  Ce prion est un agent auto-infectieux, qui n’est ni un virus ni une bactérie. Cela prouve que lorsque les animaux sont manipulés et que leur intégrité et leur droit à une vie saine sont violés, de nouvelles maladies peuvent émerger.

La résistance aux antibiotiques prend de l’ampleur chez l’être humain à cause de l’utilisation intensive de produits chimiques au sein de l’agriculture industrielle. Les marqueurs résistants aux antibiotiques dans les OGM pourraient aussi contribuer à la résistance aux antibiotiques, puisque le transfert horizontal de gènes entre espèces est un phénomène approuvé par la communauté scientifique.[10] C’est pourquoi nous avons des connaissances scientifiques en biosûreté et des réglementations dans ce domaine, telles que la Convention sur la Biodiversité et des lois nationales sur la biosûreté.

Des maladies se transmettent entre des animaux non-humains et l’animal humain à mesure que nous détruisons l’habitat d’espèces sauvages. Nous violons l’intégrité d’espèces tout comme nous manipulons les animaux dans des fermes industrielles et modifions génétiquement des plantes au travers de l’ingénierie génétique avec des promoteurs viraux et des marqueurs résistants aux antibiotiques.

L’idée que les plantes et les animaux sont des machines qui permettent de fabriquer des matières premières qui deviennent de l’essence pour nos corps, qui sont aussi perçus comme de machines, a formé l’agriculture industrielle et le modèle alimentaire qui sont à la source de l’explosion des maladies chroniques actuelles.

Un système alimentaire toxique, industrialisé et mondialisé amène à une explosion de maladies non transmissibles chroniques 

Ces dernières décennies, les maladies non transmissibles chroniques se sont propagées de manière exponentielle et ont tué des millions de personnes. Les systèmes alimentaires toxiques et industriels contribuent largement à ces maladies.

(Source)

Près de 10 millions de personnes décèdent chaque année des suites d’un cancer. Une mort sur six est due au cancer, faisant du cancer [11]  la deuxième cause de décès.[12]

Le diabète, trouble métabolique lié au régime alimentaire, est classée 7ème au rang des causes de décès dans le monde. 1,7 millions de personnes décèdent chaque année de complications du diabète qui mènent à la cécité, à des insuffisances rénales, à des attaques cardiaques et cérébrales ainsi qu’à des amputations des membres inférieurs.[13]

Les risques de complication des maladies infectieuses tel que le coronavirus se multiplient lorsqu’elles sont combinées avec les effets d’une maladie chronique.

Le taux de mortalité du coronavirus est de 1,6%.[14] Si une personne a un problème cardiaque, il atteint 13,2%.

Avec le diabète, il augmente jusqu’à 9,2%.

Avec le cancer, il est de 7,6%.[15] 

Les gouvernements doivent se fier à l’OMS pour le cancer de la même manière qu’ils l’ont fait avec le coronavirus.

Le CIRC de l’OMS a identifié le glyphosate produit par Bayer/Monsanto comme probablement cancérigène. Ce fait se doit d’être pris au sérieux. La pression de ces entreprises sur le CIRC contribue à la crise sanitaire et doit être arrêtée.

Des milliers de cas de cancer liés au glyphosate ont été déposés dans des tribunaux américains. Dans les cas de Johnson Edwin Hardeman ainsi que d’Alva et d’Alberta Pilliod,  les tribunaux se sont prononcés en faveur des victimes de cancer.

Les gouvernements doivent interdire les produits chimiques qui ne font que de nuire. Et ils doivent rendre le Cartel des Poisons responsable et punissable pour le tort qu’il a causé.

Mon parcours dans l’agriculture a débuté avec le génocide de Bhopal, qui a fait des milliers de victimes après qu’une usine de pesticide appartenant à Union Carbide ait explosé. Union Carbide est maintenant Dow, qui a fusionné avec Dupont.

Le Cartel des Poisons, qui a donné lieu à des maladies toxiques en poussant une agriculture mondialisée et industrialisée, détient aussi les grandes entreprises pharmaceutiques. De cette manière, il réalise des profits des maladies qu’il dissémine.

Bayer est une entreprise pharmaceutique ainsi qu’une entreprise d’agrochimie qui vend des pesticides toxiques. Syngenta, elle aussi une entreprise de substances toxiques, vend tout comme Novartis des produits pharmaceutiques. Les sociétés pharmaceutiques profitent de l’urgence sanitaire afin d’étendre leurs parts de marché et leurs profits.[16]

La protection gouvernementale dont profite le Cartel des Poisons doit être abolie. En lieu et place de cette protection, les gouvernements doivent à tous niveaux coopérer avec les citoyennes et les citoyens ainsi que les communautés afin de créer une Alimentation et une Agriculture Libres de Poison qui soutiennent la santé des populations avec le même engagement qu’avec lequel ils ont mobilisé des forces pour faire face au coronavirus.[17] Autrement dit nous devons nous débarrasser des substances toxiques qui ont créé ce désastre sanitaire et les éloigner du système alimentaire. Les gouvernements se doivent de suivre les conseils de l’ONU et de l’OMS sur chacune des problématiques sanitaires avec le même élan dont ils ont fait preuve avec le coronavirus.

Le Food for Health Manifesto (Manifeste sur une Alimentation pour la Santé) résume les hauts coûts des nouvelles maladies chroniques qui ont crû de manière exponentielle ces deux dernières décennies avec la mondialisation de l’industrie alimentaire et agricole:

“En 2012 déjà, une étude quantifiait l’impact sur la santé et les coûts reliés aux conséquences de l’exposition à 133 pesticides utilisés dans 24 pays européens en 2003, l’équivalent de près de 50% de la quantité totale de pesticides appliqués chaque année. Selon cette étude, seules 13 substances, appliquées à 3 différentes familles de cultures (vignes, arbres fruitiers, légumes) contribuaient à 90% de l’impact sanitaire général dû à la perte de près de 2000 années de vie (corrigées par handicap)  chaque année en Europe, ce qui correspondait à une perte économique annuelle d’environ 78 millions d’euros. Une autre étude publiée en 2012 mesurait les coûts de l’intoxication aiguë due aux pesticides dans l’état de Panama au Brésil, concluait que le coût total de ces intoxications était de 149$ chaque année. En d’autres termes, chaque dollar dépensé pour acheter des pesticides correspond à 1,28$ dépensé pour remédier à leur impact. 

Il a été calculé qu’au cours des années 90, les coûts environnementaux et de santé publique découlant de l’utilisation de pesticides montaient à 8,1 milliards de dollars par année. Comme 4 milliards de dollars sont dépensés en pesticides dans ce pays chaque année, cela veut dire que chaque dollar dépensé équivaut à 2 dollars dépensés en coûts externes. Une autre étude publiée en 2005 estimait qu’aux Etats-Unis les frais des maladies chroniques reliées à des intoxications aux pesticides s’élevaient à 1,1 milliards de dollars, dont 80% alloués au cancer. Il a été mesuré qu’aux Philippines la transition d’un à deux traitements dans la cultivation de riz résultait à une augmentation de profit de 492 pesos, mais les coûts additionnels à une augmentation de 765 pesos, ce qui équivaut à une perte nette de 273 pesos. En Thaïlande il a été estimé que les coûts externes des pesticides varient annuellement entre 18 et 241 millions. Au Brésil les seuls coûts des dégâts causés aux employés des champs de fève et de maïs s’élèvent à 25% des gains. 

Afin de parvenir à des données plus récentes et proches de la réalité en Europe, nous pouvons nous appuyer sur une recherche récente menée dans le but de mesurer le poids des maladies et des coûts liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens en Europe: un panel d’experts a évalué avec une “forte probabilité” que chaque année 13 millions de points de QI sont perdus à cause d’une exposition prénatale aux organophosphates et qu’il y a 59’300 nouveaux cas d’handicap intellectuel. Comme il a été estimé que chaque point de QI perdu par une exposition prénatale au mercure coûte 17’000 euros, de pareilles spéculations peuvent être faites en ce qui concerne l’exposition aux organophosphates.

Les conséquences sanitaires d’une modernité inadaptée, poussée par des systèmes alimentaires commerciaux, se font maintenant voir au travers de proportions épidémiques dans le monde entier. Mis à part la mort prématurée et le handicap prolongé, les maladies causées par des alimentations nutritionnellement pauvres poussent les gens à demander des soins onéreux, qui sont souvent financièrement inabordables. Les systèmes commerciaux de soins bénéficient directement de ces épidémies modernes, en offrant une technologie intensive, des tests chers et des traitements pour des maladies qui auraient facilement pu être évitées avec une alimentation saine et un environnement sain. La fusion de Bayer et de Monsanto signifie que les entreprises qui vendent des produits chimiques néfastes à la santé sont aussi celles qui mettent à disposition les produits pharmaceutiques qui traitent les maladies qu’elles ont elles-mêmes causées. 

Les coûts mondiaux des soins sanitaires dus au système alimentaire sont

  • 1,2 trillions de dollars d’ici 2025 pour l’obésité
  • En 2015, uniquement le coût total lié au diabète été estimé à 1,31 trillions de dollars. En Italie, chaque patient souffrant de diabète coûte environ 2’589 d’euros par année au système national de santé italien, et les thérapies liées au diabète coûtent environ 9% du budget total de ce même système, soit environ 8,26 milliards d’euros. En Afrique, 35 millions de personnes, soit le double du chiffre actuel, vont être atteintes de diabète au cours de ces 20 prochaines années. En 2030 le diabète va coûter 1 milliard de dollars.
  • 1 trillion de dollars d’ici 2050 pour les résistances antimicrobiennes
  • 2,5 trillions de dollars pour le cancer
  • Les coûts de l’exposition aux perturbateurs endocriniens s’élèvent en Europe uniquement à 209 milliards de dollars chaque année; ceux aux Etats-Unis à 340 milliards de dollars.
  • Une nouvelle étude a conclu que le coût annuel de l’autisme a plus que triplé afin d’atteindre 209 milliards de dollars chaque année. L’autisme a atteint 34 milliards de livres en Grande-Bretagne et est la pathologie au coût sanitaire le plus élevé.
  • La hausse de l’infertilité a mené à une nouvelle industrie de fertilité qui va coûter 21 milliards de dollars d’ici à 2020.” [18]

Ce sont la planète et les être humains qui portent le fardeau des maladies.

La Santé est un Droit, sa Réglementation est une Question de Vie ou de Mort: Renforcer la Biosécurité et les Réglementations Sanitaires, maintenir le Principe de Précaution et assurer la responsabilité des entreprises est le devoir des gouvernements. 

Comme le montre la crise actuelle, la réglementation est une question de vie ou de mort, et le principe de précaution est plus que jamais essentiel. Il ne faut pas l’abandonner en prétendant à tort que « le temps est notre plus grand ennemi » et que toute manipulation d’organismes vivants devrait être précipitée pour être introduite dans l’environnement avec peu ou pas de tests.[19]

On tente de saper le principe de précaution par des accords de libre-échange tel le « mini-accord » sur le commerce entre les États-Unis et l’Union européenne. Selon les négociateurs commerciaux américains, le ministre de l’agriculture Sonny Perdue et les intérêts des fermes industrielles américaines, le principe de précaution devrait disparaître, et il serait temps de l’éradiquer enfin par le biais de cet accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne.[20]

Les gouvernements doivent s’assurer que les analyses de la biosécurité et de la sécurité alimentaire ne sont pas influencées par l’industrie qui profite de la manipulation d’organismes vivants et qui supprime les preuves scientifiques de leur nocivité. Les preuves d’une telle manipulation de la recherche et d’une attaque des scientifiques et de la science par l’industrie, ont été présentées au Tribunal de Monsanto et à l’Assemblée du peuple à La Haye en 2016.[21] Les dégâts causé à la santé des personnes par la manipulation de la recherche par les entreprises sont maintenant prouvés.[22]

Nous devons renforcer la recherche indépendante sur la biosécurité, la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, l’épidémiologie et l’écologie de la santé.

Les gouvernements doivent immédiatement renforcer la réglementation en matière de biosécurité et de santé. La tentative mondiale de déréglementer les régulations en matière de sécurité alimentaire et de biosécurité déjà en place doit être stoppée. La manipulation génétique a des impacts imprévisibles, et les nouveaux OGM basés sur l’édition génétique doivent être réglementés en tant qu’organismes génétiquement modifiés (OGM), car le génome a été modifié, d’où la nécessité d’évaluer et de connaître l’impact sur la santé des manipulations au niveau génétique.[23] Les nouvelles tentatives d’utilisation de la manipulation génétique des organismes afin de les conduire à l’extinction doivent être stoppées afin de prévenir les crimes contre la nature et la création involontaire de nouvelles maladies inconnues.[24]

Avec le coronavirus, les gouvernements montrent qu’ils peuvent prendre des mesures pour protéger la santé des populations quand ils en ont la volonté. Il est maintenant temps pour eux de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à toutes les activités qui compromettent notre santé en nuisant aux processus métaboliques qui régulent notre santé. Ces mêmes activités qui nuisent également à la biodiversité de la planète et à la capacité d’autorégulation de la Terre, entraînant des ravages climatiques.

La pandémie du coronavirus, et la réponse à cette crise, doit devenir le fondement de l’arrêt des processus qui dégradent notre santé et celle de la planète, et lancer le processus qui régénère les deux.

Nous savons que l’agriculture industrielle et les systèmes alimentaires industrialisés et mondialisés basés sur les combustibles fossiles et leurs dérivés chimiques et toxiques contribuent à l’extinction des espèces, au changement climatique et à la catastrophe des maladies chroniques. Nous savons que l’agriculture biologique régénératrice fondée sur la biodiversité peut répondre à ces trois crises.

Il est temps que les gouvernements cessent d’utiliser l’argent de nos impôts pour subventionner et promouvoir un système alimentaire qui rend la planète et les gens malades.[25]

Les entreprises devraient être tenues responsables du préjudice qu’elles ont causé et empêchées de continuer à être libres de faire encore plus de mal en nuisant à la science et à la recherche indépendantes, qui sont la seule source de connaissance réelle du préjudice pour la santé.

La crise donne également aux gens l’occasion de voir comment les entreprises ont affaibli notre santé. La responsabilité des entreprises est un impératif de santé, et le développement de systèmes alimentaires sains, démocratiques, biodiversifiés et libres de toute influence corporative, ainsi que l’épanouissement d’une biodiversité de systèmes de connaissances, sont devenus un impératif de survie.[26]

L’urgence sanitaire a montré que le droit à la santé est un droit fondamental. La santé est un bien commun et un bien public, et le gouvernement a le devoir de protéger la santé publique. C’est pourquoi la privatisation et la mercantilisation de la santé doivent cesser. Les systèmes publics de soins de santé doivent être protégés et renforcés là où ils existent et créés là où ils n’existent pas.

Régénérer la Science de la Vie et de la Vie Saine : Décoloniser nos systèmes de connaissances et nos systèmes de santé 

La voie vers une planète saine et des gens en bonne santé est claire.

L’économie basée sur une croissance sans limite entraîne un appétit sans limite qui colonise terre et forêts, détruisant les habitats d’autres espèces et des peuples indigènes. L’Amazonie est brûlée pour l’alimentation des animaux aux OGM. Les forêts tropicales indonésiennes sont détruites afin d’obtenir de l’huile de palme.

Des maladies sont créées par la demande illimitée de ressources, pour une économie mondialisée basée sur une croissance illimitée. Une économie de cupidité viole les droits de la Terre Mère et l’intégrité de son être divers, qui est à la base de la santé unique.

La santé pour tous commence par la protection de la Terre, de ses processus écologiques, de l’espace écologique et de l’intégrité écologique de la vie sur Terre, y compris des humains.

Nous devons passer d’un paradigme mécaniste et militariste de l’agriculture basé sur les produits chimiques de guerre à l’Agroécologie Régénératrice, une agriculture pour la biodiversité basée sur la vie. Il s’agit de travailler avec une nature vivante, et non de s’engager dans une guerre contre la Terre et ses diverses espèces. Au cœur d’une agriculture vivante se trouvent le soin et la gratitude de rendre à la Terre, la loi du retour ou la loi du don, qui créent des économies circulaires qui guérissent la Terre et nos corps.

Les systèmes de soins indigènes ont été criminalisés par la colonisation et l’industrie pharmaceutique.

La santé est un continuum, du sol, aux plantes, à notre microbiome intestinal.

Alors que l’agriculture industrielle et mondialisée, qui détruit les forêts et la biodiversité de nos exploitations, est justifiée pour « nourrir le monde », 80% des aliments consommés proviennent de petites exploitations.[27] Les monocultures produisent des marchandises et non pas des aliments.

L’agriculture industrielle mondialisée est un système qui crée faim et maladies. Elle a propagé des maladies par le biais de toxines et détruit les petites exploitations agricoles qui nous nourrissent, en emprisonnant les agriculteurs dans l’endettement et en les poussant au suicide. Ce système alimentaire malsain, qui crée des maladies, est subventionné par l’argent de nos impôts. D’abord en subventionnant la production et la distribution, puis en faisant payer aux gens les coûts élevés des soins de santé.

Si on ajoute les subventions et les externalités sanitaires des systèmes alimentaires industriels mondialisés, on se rend compte que ni la planète ni ses habitants ne peuvent continuer à supporter le fardeau de ce système générateur de maladies.

L’agriculture écologique, exempte de produits chimiques, doit faire partie de la régénération de la santé publique.

Contrairement aux fermes industrielles, les petites exploitations agricoles prennent soin de la santé des gens, surtout lorsqu’elles sont exemptes de produits chimiques, écologiques et pleines de biodiversité. Nous devrions orienter tous les financements publics vers le soutien des fermes agroécologiques et des économies locales afin dans le contexte d’un système sanitaire.

Grâce à la biodiversité et à la matière organique du sol, nous produisons plus de nourriture par acre, nos plantes sont plus saines et plus résistantes aux maladies et aux parasites. Le retour de la matière organique dans le sol permet également de réparer les cycles de carbone et d’azote détruits qui sont à l’origine du changement climatique. La régénération de la planète et la guérison de notre corps sont des processus interconnectés.

Nous avons besoin d’une intensification de la biodiversité par la reconstruction de nos exploitations agricoles, et non d’une intensification chimique et capitalistique. La biodiversité crée des cultures et des économies de soins, notamment en ce qui concerne la santé de la Terre et de ses habitants. Plus nous conservons la biodiversité sur la planète, plus nous protégeons l’espace écologique permettant la préservation de diverses espèces. Nous protégeons leur intégrité pour qu’elles puissent évoluer dans la liberté et la résilience. Toutes les espèces ont droit à un espace écologique et à la liberté d’évoluer, et tous les êtres humains, en tant que partie de la Terre, ont le droit d’avoir accès à une nourriture biodiversifiée et sans produits chimiques.

Nous devons protéger la biodiversité de nos forêts, de nos fermes et de notre alimentation pour accroître la biodiversité de notre intestin, qui est la véritable source de santé. Les plantations ne sont pas des forêts, et la culture de plantations commerciales d’arbres ou de soja OGM en monoculture est une menace pour diverses espèces, diverses cultures et notre propre santé.

Les systèmes biologiques diversifiés doivent devenir un élément central des solutions de santé publique à l’urgence sanitaire à laquelle nous assistons.

La Biodiversité de l’Esprit doit remplacer les monocultures de l’esprit mécaniste qui voient la diversité de la vie comme l’ennemi à exterminer.

Le « Namaste » de l’Inde a pris une dimension mondiale à l’époque du coronavirus. La signification du Namaste n’est pas la séparation mais une unité plus profonde qui nous relie tous. Namaste signifie « Je m’incline devant le divin en toi ». Il signifie une interconnexion dans laquelle nous prenons part à un univers sacré où tout est imprégné du divin pour le bénéfice de tous et l’exclusion de personne.

C’est la conscience de l’unité et de l’unicité que nous devons cultiver en ces temps où un petit virus nous a reliés tout autour du monde par la maladie et la panique.

Ne laissons pas l’isolement social requis dans une situation d’urgence sanitaire devenir un modèle permanent de séparation, détruisant la communauté et la cohésion sociale. L’avenir dépend de notre unité en tant qu’humanité sur une seule planète. Que les mises en garde d’aujourd’hui ne soient pas cimentées dans un climat permanent de peur et d’isolement. Nous avons besoin des uns des autres et de la Terre afin de créer une résilience en cas d’urgence, et pour régénérer la santé et le bien-être dans le monde post-coronavirus.

La crise du coronavirus crée une nouvelle opportunité de changer de paradigme et de passer de l’ère mécaniste et industrielle de séparation, de domination, d’avidité et de maladie, à l’ère de Gaia, d’une civilisation planétaire basée sur la conscience planétaire que nous formons une seule famille sur Terre. Que notre santé est une santé unique enracinée dans l’interconnexion écologique, la diversité, la régénération et l’harmonie.[28]


Translation kindly provided by Magdalena Knobel


[1] https://navdanyainternational.org/publications/manifesto-food-for-health/

[2] https://theweek.com/articles/898609/growing-viral-threat

[3] https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease

[4] https://newint.org/features/web-exclusive/2018/04/10/deforestation-ebola-outbreak

[5] Ibid.

[6] https://www.deccanherald.com/state/deforestation-behind-kfd-713955.html; https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3513490/

[7] https://timesofindia.indiatimes.com/home/sunday-times/all-that-matters/when-we-cut-down-forests-that-bats-live-in-they-come-to-our-backyards-says-us-journalist-sonia-shah/articleshow/74529928.cms

[8] http://nautil.us/issue/83/intelligence/the-man-who-saw-the-pandemic-coming

[9] https://www.emedicinehealth.com/mad_cow_disease_and_variant_creutzfeldt-jakob/article_em.htm

[10] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1473309905702413

[11] https://ourworldindata.org/cancer

[12] https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/cancer

[13] https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/diabetes

[14] https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/6/20-0233_article

[15] https://www.worldometers.info/coronavirus/coronavirus-age-sex-demographics/

[16] https://readersupportednews.org/news-section2/318-66/61876-big-pharma-prepares-to-profit-from-the-coronavirus

[17] https://navdanyainternational.org/cause/poison-free-food-and-farming-2030/

[18] https://navdanyainternational.org/publications/manifesto-food-for-health/ (p. 49-50)

[19] http://www.navdanya.org/site/latest-news-at-navdanya/703-ag-one-recolonoisation-of-agriculture

[20] https://www.arc2020.eu/nothing-mini-about-u-s-plan-to-unravel-europes-precautionary-principle/

[21] https://peoplesassembly.net;

https://peoplesassembly.net/monsanto-tribunal-and-peoples-assembly-report/#AttackScience

[22] https://www.theguardian.com/environment/2017/sep/15/eu-report-on-weedkiller-safety-copied-text-from-monsanto-study

[23] https://www.etcgroup.org/content/reckless-driving-gene-drives-and-end-nature

[24] https://navdanyainternational.org/gene-drive-extinction-technology/

[25] https://www.theguardian.com/environment/2019/sep/16/1m-a-minute-the-farming-subsidies-destroying-the-world

[26] https://navdanyainternational.org/about-us-navdanya-international/international-commission-on-the-future-of-food-and-agriculture/

[27] http://www.fao.org/news/story/en/item/1195811/icode/

[28] https://www.amazon.in/Oneness-VS-Kartikey-Shiva-Vandana/dp/9385606182

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